Interview Lifestyle

ITINERA-MAGICA, L’INTERVIEW

11 septembre 2020

J’ai découvert Itinera-Magica depuis quelques années. C’est pour moi le blog le plus dépaysant de la blogosphère voyage avec son écriture recherchée et ses couchers de soleil féériques.

___

Pourquoi tenir itinera-magica.com ?

Hello Julie et merci pour cet entretien ! Le récit de voyage associant texte et image a toujours été mon mode d’expression préféré, depuis toute gamine. Petite, j’avais la chance de voyager avec mes parents, et je tenais des journaux de voyage très détaillés, dans lesquels je collais cartes postales, dépliants, plantes ramassées sur place… j’avais déjà ce désir d’immortaliser et de pouvoir conserver ces moments qui me semblaient être les plus magiques de toute ma vie. J’avais l’impression qu’il FALLAIT que je documente ces moments, les plus beaux dans l’existence à mes yeux, et que je n’oublie pas tout ce que j’avais appris, compris, découvert en voyage.

Je continue à ressentir cela, cette urgence de photographier, de raconter, de ne pas oublier, et de pouvoir montrer à d’autres : je continue d’avoir le sentiment que ce qui n’a pas été raconté, photographié et partagé n’existe pas vraiment et est en danger de disparition, menacé par l’oubli. Ce n’est pas lié aux réseaux sociaux, je suis comme ça depuis toute petite : je devais absolument tenir mes carnets de voyage, même tard le soir, par peur d’oublier un détail crucial. Et quand mes copines de classe me disaient « raconte ton voyage », je leur montrais mon cahier.

camargue itinera magica
Camargue – Crédits Itinera-Magica

Bref, Itinera Magica est l’apothéose d’un mode d’expression qui a toujours été mon préféré. Aujourd’hui, je travaille aussi pour la presse (Version Femina, Cheval Magazine), et pour d’autres sites de voyage (notamment Partir.com), mais Itinera Magica reste l’espace le plus précieux à mes yeux, celui où je suis entièrement libre de tout – du ton, de la longueur, du nombre de photos.

Les articles que je préfère sont ceux où je tente d’entrer au cœur de l’âme d’un lieu, de saisir ce qui le rend unique – je suis particulièrement attachée à mes récits de Laponie, du Groenland, d’Autriche, d’Ouzbékistan ou des îles Féroé, par exemple. En France, je tiens beaucoup à mes articles sur la Provence et le Vercors, bien sûr, mon pays adoré, mais aussi à ceux sur l’Aveyron, la Lozère et le Lot, où j’ai essayé de comprendre pourquoi ces pays de causses, de pierre et de pastoralisme, exerçaient une telle fascination sur moi. Ce sont des articles longs, car j’ai souvent l’impression que mon cœur déborde, que je me laisse emporter par la passion que les lieux ont suscité en moi.

J’ai toujours mis énormément de moi dans mes récits de voyage. Je ne tiens pas de journal intime, tout est dans Itinera Magica, car les lieux et les sentiments me paraissent plus révélateurs encore que les détails de vie privée – en écrivant certains articles, j’ai parfois l’impression que mon âme est ouverte à nu.

interview itinera magica
carnet de voyage
Carnet de voyage – Crédits : Itinera Magica

Pourquoi fais-tu de la photo ?

Pour les mêmes raisons exactement : permettre à l’instant fugace d’accéder à l’éternité, suspendre le vol du temps, rendre un moment, un sentiment, immortels. J’ai cette peur terrible de la perte, de l’oubli, et ce besoin viscéral de capturer non seulement la beauté fragile du monde, mais aussi l’émotion que j’ai ressentie à cet instant. Il m’arrive souvent d’être plus attachée à mes photos qu’à mes textes. Il arrive un moment où les mots qu’on utilise pour décrire une montagne, une rivière, un soleil levant, se ressemblent et perdent de leur charge lyrique, émoussés d’avoir été trop dits. Mais l’image photographiée, elle, est toujours unique, perpétuellement singulière – un instant plus tard, la lumière a changé, les nuages ont bougé, ce n’est déjà plus le même tableau.

Mais parfois, je suis aussi la modèle. Je suis aussi très attachée au fait d’avoir de belles photos de moi dans les lieux que je visite, pas seulement pour Instagram, mais pour le souvenir de ma vie. Quand je repense à ma vie jusqu’à présent, les moments marquants sont les voyages, ce sont des jalons essentiels dans mon chemin personnel. La mise en scène de soi est parfois critiquée, mais elle est importante pour moi, et j’assume complètement d’avoir cette démarche de composition de scènes, de chercher la robe assortie à une église ou un champ de fleurs, de vouloir créer une belle image. Je travaille souvent en duo avec ma chère amie Marion Carcel alias Foehn Photographie, et j’aime énormément les photos qu’elle a prises de moi lors de nos différents voyages en commun.

blog itinera magica
Château Sainte-Sabine – Crédits : Itinera-Magica

Pourquoi partir en voyage ?

Parce qu’aussi loin que je me souvienne, c’est ce qui m’a rendue le plus heureuse. Rien n’égale le bonheur que je ressens face à la beauté d’un lieu (qu’il soit tout près de chez moi en Provence, ou à l’autre bout du monde en Ouzbékistan), l’excitation à plonger dans d’autres vies que la mienne (que cela soit celle des bergers cévenols ou celles des chasseurs de phoques inuits), l’adrénaline d’une expérience nouvelle (le moment où on monte dans un kayak ou découvre une vue inouïe au terme d’une rando… c’est une drogue dure).

A une époque, j’ai sans doute été excessive, dans une véritable frénésie boulimique de voyage, mue par la peur terrible de mourir sans avoir tout vu, tout vécu. Je suis plus apaisée aujourd’hui, j’accepte de voyager moins, plus lentement, de façon plus profonde et calme, sans stakhanovisme de la découverte. Mais la soif d’ailleurs reste insatiable. Je voyage de plus en plus près de chez moi, mon amour de la France ne cesse de croître. Mais il me reste quelques envies de grands voyages lointains que je veux absolument vivre avant de quitter cette Terre. J’en citerai trois, même si la liste est plus longue : La Polynésie, française et hawaïenne. Découvrir Tahiti, Moorea, Bora-Bora, Rangiroa, et revoir Kauai et Maui. Les îles Lofoten, les fjords découpés de Reine et d’Å. Et retourner plus longtemps encore à l’Ouest des Etats-Unis, pour un grand road-trip entre Californie, Nevada, Utah, Arizona et Nouveau-Mexique.

Ouzbékistan itinera magica blog
Ouzbékistan – Crédits Itinera Magica

Pourquoi Ariane ou Alexandra pour le blog ?

Je sais, je perturbe tout le monde avec ce double nom… La raison est très simple. Quand j’avais quatorze ans, j’ai publié mon premier livre, Dieu est une femme. A l’époque, j’avais l’impression que je devais absolument choisir un pseudonyme, pour me démarquer, laisser mon empreinte, et faire comme les rock stars. C’était une lubie d’ado : choisir son nom pour choisir sa vie. J’ai choisi Ariane Fornia – Fornia comme California, à cause d’une inextinguible fascination pour l’Ouest américain. Il se trouve que le livre a eu beaucoup de succès. Parce que j’ai été connue sous ce nom, j’ai continué à écrire sous ce nom – je signe mes articles de presse et mes livres Ariane Fornia, je reste attachée à ce pseudonyme qui fait partir de ma vie. Mais tous mes amis et mes proches me connaissent sous mon « vrai » prénom, Alexandra. Aujourd’hui, j’aime les deux prénoms et je réponds indifféremment aux deux. Certaines personnes m’appellent Ariane, d’autres Alexandra… je les laisse choisir !

var itinera magica Provence
Cascade de Sillans – Crédits Itinera Magica

3 adresses « food » dans la Drôme ?

Je suis une grande amoureuse de ma Drôme et de ses produits, c’est une torture de n’en choisir que trois… J’irai par ordre de budget décroissant. Je commence par un gastronomique auquel je suis très attachée, où j’ai fêté deux de mes anniversaires : Le Domaine du Colombier, à Malataverne. Il a récemment perdu son étoile Michelin, mais il reste exceptionnel à mes yeux. Leur menu de dégustation est un pur bonheur.

Plus abordable, mais toujours excellent : La Ferme Chapouton à Grignan, version « bistronomique » de l’étoilé Au Clair de la Plume. Le chef Julien Alano est très talentueux et propose d’excellents produits locaux, travaillés de façon simple, précise et savoureuse.

Enfin, pour un rapport qualité-prix imbattable : L’Entre 2, à Saint Paul Trois Châteaux. Délicieux, local, très abordable, et le cadre est ravissant en été, sous les branches d’un immense saule pleureur. Et l’accueil est toujours chaleureux. Si vous en voulez d’autres, n’hésitez pas à me demander : je suis une amoureuse de bons restos drômois !

Camargue – Crédits Itinera-Magica

LES AUTRES INTERVIEWS SUR LE BLOG

Hors du temps

Andycurly

Marguerite et Troubadour

Un Petit Pois sur Dix

Black and Wood

Sunwhere

Hellolaroux

  • Reply
    Ariane ou Alexandra
    12 septembre 2020 at 11 h 20 min

    Merci beaucoup de m’avoir donné la parole sur ton magnifique blog, merci pour cet entretien où je me suis livrée. Je t’embrasse !

Leave a Reply

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.